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Nord Pas de Calais: Roubaix
ARRAS (NOTRE-DAME D'), en France, église d'Arras, chef-lieu du département du Pas-de-Calais, ville qui avait autrefois le nom de Nemetacum, puis celui d'Atrebates; c'est aujourd'hui une place forte située sur la Scarpe. Cette église, fondée par saint Diogène, premier évêque de Cambrai et d'Arras, l'an 384, tomba, en l'an 410, entre les mains des Vandales, qui la ruinèrent complètement. Saint Vaast la fit reconstruire avec les libéralités des rois de France, l'an 542 ; mais les Normands vinrent la ruiner encore en 883, et après avoir été réédifiée par la piété des fidèles, elle fut brûlée par le feu du ciel en 1030. On rebâtit de nouveau cette église en 1040, et dans le but de mettre ce sanctuaire à l'abri de nouvelles catastrophes, l'évêque du diocèse, Pierre de Ranchicourt, la dédia à Notre-Dame en 1484. Reconstruite avec toute la richesse de l'architecture ogivale, l'église de Notre-Dame d'Arras était composée de trois nefs ; ses dimensions étaient considérables, l'extérieur offrait un ensemble sévère et majestueux. Malheureusement cette basilique a disparu sous le marteau des démolisseurs, malgré les pressantes réclamations des amis des arts et de la religion. Sur l'emplacement de l'ancienne basilique on construit l'église paroissiale de Saint-Nicolas. Avant la révolution de 1789, la ville d'Arras était un lieu célèbre de pèlerinage. Parmi les reliques qui y attiraient la foule des pèlerins, on peut compter un morceau considérable de la vraie croix, des cheveux de la sainte Vierge, son voile, la sainte manne et la sainte chandelle. L'église cathédrale est bien bâtie, dit La Martinière ; on y remarque principalement les croisées, la structure des piliers et les fonts baptismaux. On conserve dans cette église une ancienne châsse, dans laquelle on dit qu'il y a de la laine, qui, selon une ancienne tradition, autorisée par saint Jérôme, tomba en Artois avec une pluie fort grasse l'an 371, pendant une grande stérilité ; et elle engraissa tellement les terres qu'elle fut appelée manne, à l'exemple de celle dont Dieu nourrit son peuple dans le désert. C'est en mémoire de cette protection qu'on fait une fête solennelle tous les ans en actions de grâces, le deuxième dimanche d'après Pâques… La place du Petit-Marché est décorée par la maison de ville et par celles des plus riches marchands de la cité. La chapelle de la sainte chandelle est au milieu de cette place. Une tradition, qui subsiste depuis l'an 1105, assure que cette chandelle fut donnée par la sainte Vierge pour guérir les habitants d'Arras d'un feu ardent qui les consumait. La sainte manne existe encore aujourd'hui, mais la châsse qui renfermait cette curieuse relique, oubliée ou plutôt délaissée dans l'église de Saint-Nicolas d'Arras, n'attire plus la foule. Tous les ans on célèbre encore une messe en souvenir du prodige, mais les fidèles ne s'empressent plus comme autrefois d'y assister, indifférents qu'ils sont pour la gloire et la piété que répandait jadis sur leur pays cette grande dévotion. La fête annuelle se célébrait, avant la révolution de 1789, le deuxième dimanche d'après Pâques, dont l'introït commençait par ces mots : Misericordia Domini plena est terra, avec une octave solennelle. Cette commémoration était pour Arras une fête nationale, si nous en croyons Gazet, qui en a écrit l'histoire, et qui ne manque pas d'ajouter que ce jour-là et pendant l'octave, on abaisse la châsse de la manne, afin que le peuple la puisse mieux honorer ; comme on fait aussi aux principales fêtes de Notre-Dame, et finalement lorsque Dieu menace son peuple d'une grande sécheresse. Et quand on la transporte d'un lieu à l'autre, ou qu'on la porte à la procession, comme le jour du Saint-Sacrement et autres, ce sont des prêtres revêtus de leurs aubes qui la touchent et relèvent, comme il s'observait à l'endroit de l'arche de l'Ancien Testament. Le pape Clément VI, qui avait été cinquante-quatrième évêque d'Arras, tôt après l’institution de ladite fête, à savoir l'an 1342, donna un an et quarante jours de pardons et indulgences à ceux qui visiteraient l'église d'Arras et y honoreraient la sacrée manne audit jour, ou durant l'octave, ce que le peuple d'Arras et des lieux circonvoisins a coutume défaire du matin et à jeun, d'après une ancienne et pieuse tradition. Depuis, le pape Calixte III augmenta ces indulgences, l'an 1455 ; et comme on tient la foire de la cité durant ladite octave, et trois jours après la Nativité de Notre-Dame, le peuple s'y trouve alors en bon nombre et fréquente ladite église (la cathédrale d'Arras) par grande dévotion. Plusieurs graves auteurs ont parlé sérieusement de cette manne miraculeuse, que presque tous ont comparée à la manne que Dieu envoya aux Juifs dans le désert. Parmi eux nous comptons saint Jérôme, dans son Supplément à la chronique d'Eusèbe; Paul Orose, disciple de saint Augustin , qui vivait à peu près dans le même temps , au liv. VII de son Histoire ; Vincent de Beauvais, historien du XIIIe siècle, au liv. XV de son Miroir historial ; et, parmi les écrivains plus récents, Hermanus Gigas, en son Histoire ; Pierre d'Oudegerst, dans les Chroniques de Flandre, ch. VII ; Chrétien de Manasset, au liv. XI de ses Chroniques ; Guichardin , en sa Description des Pays-Bas, sur la ville d'Arras ; Jean Molanus, au Traité des saints de Belgique, Belleforest, annaliste de la France, en son livre II de sa Cosmographie ; et enfin Harduin, dans ses Mémoires historiques sur Arras et l'Artois. Nicéphore, dans son Histoire ecclésiastique, raconte que pareille chose est arrivée dans différents pays, dans la Galatie, dans la Cappadoce, dans la Cilicie, dans la Palestine et dans plusieurs autres pays de l'Orient, vers l'an 455, où il survint une si grande sécheresse, famine et peste, qu'il y avait dans ces malheureuses contrées une effrayante mortalité. Il en tomba encore en forme de grains de froment, mais un peu plus petit et plus rond en Gascogne, au territoire d'Agen (Lot-et-Garonne). Louis XI, roi peureux et plus superstitieux que dévot, vint faire sa prière devant la sainte manne, quand il vint à la cathédrale d'Arras, le 24 janvier 1464. Le 29 janvier, le même roi revint visiter de nouveau la ville et se fit montrer la sainte chandelle, dont voici tout ce que nous avons pu apprendre. Il s'était établi à Arras une pieuse confrérie célèbre, dépositaire d'un cierge miraculeux, couvert d'un étui ou châsse d'argent, et placé dans une pyramide de pierre d'une structure très-hardie, laquelle avait été élevée, en 1215, au milieu de la petite place. Le mercredi, veille de la Fête-Dieu et les quatre jours suivants, sur les neuf heures et demie du soir, on allumait la sainte chandelle que l'on montrait un instant au peuple, à l'entrée d'une chapelle qui était au-dessous de la pyramide. Dans ces mêmes jours, à l'exception du mercredi, elle brûlait aussi tous les matins, depuis l'offertoire jusqu'au Pater d'une messe qui se disait dans une autre chapelle. Le dimanche, dernier des cinq jours, on la portait en procession à la cathédrale, où on l'allumait encore. Il parait que cette dévotion a commencé à Arras du temps de l'évêque Lambert, vers 1105, à l'occasion de cette funeste maladie des ardents, qui fit tant de ravages en France au moyen âge, surtout à Arras, à Paris et à Tournay. Cette chandelle était, disait-on, un cierge que la sainte Vierge était venue donner à cet évêque par l'entremise de deux joueurs d'instruments assez célèbres dans ce temps. Quelques gouttes de ce cierge mêlées à l'eau, en faisant sur les vases le signe de la croix, devaient suffire pour donner à cette eau la vertu merveilleuse de guérir tout à coup ceux qui étaient atteints de la maladie ; ils devaient seulement en boire, tandis qu'on en baignait leurs plaies. Quand la Vierge disparut, ajoute Gazet, ils demeurèrent ravis en admiration, tant pour la glorieuse apparition de la Vierge, mère de Dieu, que pour la grande clarté qui flamboya dans toute l'église à son arrivée. Etant donc ainsi illuminés et pour ainsi dire enflambés de ce feu divin, premièrement ils louèrent et remercièrent Dieu, puis se mirent en devoir d'exécuter promptement tout ce que ladite Vierge avait commandé. Et après que quelques vaisseaux furent emplis d'eau, l'évêque, formant le signe de la croix avec la chandelle, fit tomber quelque peu de cire dans cette eau , et par après il déclara aux malades la vertu d'icelle, et les exhorta d'en boire avec ferme confiance en Dieu ; puis les prêtres leur en donnèrent à boire, et en avèrent leurs charbons et ulcères ; ils en sentirent soudainement grande allégeance de leur mal tant par dedans aux parties nobles qui se gâtaient par une si ardente inflammation, que par dehors en leurs membres qui étaient déjà à demi pourris. Ils étaient alors environ cent cinquante malades qui furent tous guéris, hormis un pauvre mal avisé, qui, méprisant ce divin remède, osa témérairement dire qu'il aimerait mieux du vin, et autres semblables propos par dédain et mépris ; de façon qu'il devint si embrasé de ce feu, que tôt après il mourut dans des souffrances horribles. Quand l'évêque eut achevé, toute l'assemblée se mit à louer Dieu en ses œuvres tant admirables ; et comme le clergé était déjà arrivé à l'église pour chanter l'office divin, l'évêque commença le cantique spirituel de saint Ambroise et de saint Augustin, en actions de grâces (Te Deum laudamus, etc.). Il fût chanté en musique mélodieuse, avec une entière réjouissance et allégresse de tout ce peuple, qui avait reçu la guérison tant désirée. Après tous ces devoirs, la sainte chandelle fut donnée en garde à ces deux joueurs d'instruments, qui l'avaient reçue de la Vierge avec l'évêque, par avis duquel ils établirent une vénérable société de gens pieux et dévots, qu'ils appelèrent la confrérie des Ardents, en la mémoire de ce miracle signalé. Et en peu de temps, grand nombre de gens, même des principaux et plus honorables seigneurs et bourgeois de là ville d'Arras, se firent enrôler dans cette confrérie. Il y a, au milieu du petit marché, une excellente et superbe pyramide, d'antique et admirable structure, dans laquelle ladite sainte chandelle est magnifiquement conservée en une châsse d'argent, que fit richement accommoder la comtesse d'Artois Méhaut, il y a plus de 300 ans, où le peuple la vient honorer journellement en bon nombre et par grande dévotion, les uns pour y faire leurs prières et oraisons, les autres pour boire de l'eau dans laquelle on faisait dégoutter de la sainte chandelle, ou en emporter aux malades qui ne pouvaient se rendre dans la chapelle. La solennité de cette confrérie des Ardents commence au jour du Saint-Sacrement, jusqu'au dimanche suivant, pendant lequel temps se font par toute la ville des réjouissances publiques par sons de cloches et jeux de hautbois et cornets; bien plus, les arrêts judiciaires cessent alors, comme si c'était la ire de la ville. Alors aussi la sainte chandelle est transportée chaque jour, avec croix et flambeaux, en une chapelle située en la place dite des Ardents, où les majeurs et autres confrères qui l'ont convoyée avec instruments musicaux, entendent la messe. Durant le saint canon, la sainte chandelle est allumée; elle y est laissée jusqu'au soir pour la dévotion du peuple, et convoyée derechef avec la même solennité que le matin, dans la pyramide, sur la place du petit marché. Puis, le dimanche suivant, après la prédication et la messe, la sainte chandelle est révéremment portée sous un pavillon en la cité, avec grande pompe et magnificence. Les majeurs et les principaux confrères la suivent, accompagnés des lieutenants et officiers du gouvernement d'Arras, à cheval, et des arbalétriers et archers avec tambours et clairons. Les prévôts et magistrats de la cité viennent au-devant à cheval, et conduisent toute la troupe jusqu'au parvis de l'église cathédrale de Notre-Dame, auquel lieu les confrères présentent aux chanoines deux cierges, puis, entrant en l'église, font hommage à la glorieuse Vierge avec la sainte chandelle allumée; puis après ils la rapportent en leur chapelle avec la même suite et convoi, et de là, sur le soir, en la magnifique et somptueuse pyramide. Outre la réception prodigieuse de ce sacré joyau, il y a d'autres considérations grandes et merveilleuses sur un si noble et rare sujet ; car, premièrement, nonobstant la prise et reprise de la ville, et plusieurs autres dangers et périls, la sainte chandelle nous a été fidèlement conservée d'âge en âge, environ six cents ans, à la grande consolation du peuple fidèle qui l'honore autant religieusement et dévotement que les ancêtres du passé, à cause des admirables effets de la puissance divine qui, jusqu'à présent, s'est manifestée par icelle. Et quoiqu'elle ait été tant de fois allumée pendant un si long espace de temps, et qu'on en ait fait dégoutter dans l'eau toutes les fois qu'il en a été besoin pour en administrer au peuple, toutefois elle n'est aucunement diminuée ni amoindrie, mais plutôt elle est en quelque façon augmentée, multipliée, vu que des gouttes qui en proviennent on a pu amasser une si grande quantité de cire, qu'elle a suffi pour en faire plusieurs autres cierges qu'on a donnés en divers lieux, où ils sont en pareil honneur pour la même vertu et opération. Même encore à présent se voit en la chapelle de ladite sainte chandelle, un pain de cire qui s'accroît journellement de ses gouttes précieuses. Quant aux opérations miraculeuses qui se sont faites de tous temps par cette eau en laquelle on a distillé quelques gouttes de la sainte chandelle, elles sont innombrables. En voici un exemple mémorable entre mille autres : L'an 1233, comme le tonnerre ardent fut tombé sur l'église de Saint-Géry, le feu devint si âpre et si violent que, pour grande quantité d'eau des puits voisins qu'on y jetât, on ne le put éteindre tant que, par l’avis de quelques gens pieux et dévots, on eut mêlé quelques gouttes de cette eau de la sainte chandelle avec l'eau dont étaient pleins les vaisseaux. De façon qu'il suffit, pour éteindre le feu, d'arroser de cette eau ainsi mixtionnée l'endroit qui brûlait. Touchant les admirables guérisons de feu sacré et ardent, d’apostumes, anthrax, fièvres chaudes, inflammations de foie, ulcères, plaies, blessures de toutes sortes, elles ont été de tous temps si communes et si fréquentes, qu'il n'est besoin d'en donner plus grande preuve que l'expérience journalière continuée d'âge en âge depuis six cents ans. Les uns, par grande dévotion et avec bonne confiance, boivent de cette eau pure, le plus souvent à l'insu du médecin ; les autres la mixtionnent avec leur boisson ; les blessés en nettoient leurs plaies ; bref, les habitants d'Arras, et des pays circonvoisins, de tout état et condition, fussent-ils riches ou pauvres, petits ou grands, jeunes ou vieux, ont souvent éprouvé les vertueuses et salutaires opérations de cette eau sanctifiée par la sainte chandelle, soit par une douce et consolante allégeance, soit par la guérison entière et parfaite.

Source : Dictionnaire des pèlerinages religieux (1851)
Avertissement : ce texte restitue l'opinion de son auteur sur les faits, les choses ou les gens évoqués à l'époque où il a été écrit.O tempora, o mores ... cet article est fruit d'un contexte. Il ne présume en rien de l'avis de l'éditeur du site sur le sujet évoqué.