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Picardie: Le Crottoy
Picardie: Le Crottoy
Picardie: Le Crottoy
Picardie: Le Crottoy
Picardie: Le Crottoy
Picardie:
Amiens
Picardie:
Amiens
Picardie:
Amiens
SOISSONS (France). Voici quelques détails archéologiques sur la cathédrale de cette ville, que le lecteur aimera sans doute à rencontrer ici. Des quatre églises bâties à Notre-Dame, dans la seconde moitié du VIIe siècle, il ne subsiste plus aucune trace, et cela n'a rien d'étonnant. Les basiliques primitives, élevées pendant la dégénérescence de l'art, couvertes d'une simple toiture en bois, d'une construction, peu solide, ne portaient avec elles aucune garantie de durée ; leur plan uniforme, leurs arcades étranglées, leurs colonnes trapues, leurs voûtes écrasées, ne firent que hâter la chute qui les attendait. Dès le commencement du XIe siècle, on avait senti le besoin d'une rénovation complète, et partout on s'était mis à l'œuvre avec une incroyable activité. C'est à compter de cette époque qu'il faut chercher le point de départ de la grande architecture catholique en Occident, et la source de sa prodigieuse fécondité. Le Soissonnais, plus qu'aucune autre province de la France peut-être, participa à ce mouvement imprimé à toute l'Europe; et dans l'espace de deux siècles, son sol se couvrit de nombreux édifices romans. Notre-Dame de Soissons, déjà si illustre dans les pays d'outre-mer et au delà du Rhin, par les prodiges qui s'opéraient journellement devant la sainte image et au tombeau de saint Drausin , ne pouvait rester étrangère à cette régénération de l'ancien monde. Au reste, le ciel lui-même, au dire des chroniqueurs, venait de parler. Voici dans quelles circonstances : On était eu 1128, et un fléau terrible, le mal des ardents, désolait les villes de Chartres, de Paris, de Cambrai et de Soissons : des populations entières, venues des contrées les plus lointaines, se pressaient sous les portiques de l'église Notre-Dame, invoquant la sainte Vierge avec des cris et des plaintes lamentables. Cette épidémie se montra de nouveau en 1133, et vraisemblablement il en resta des vestiges ; car vers 1146, un petit pâtre de Vaux (hameau près de Soissons, entre Berny-Rivière et Fontenoy), guéri miraculeusement, s'écria que la sainte Vierge demandait une nouvelle église ; le fléau ne manquerait pas de reparaître si on ne hâtait cette réédification. Il n'en fallut pas davantage pour qu'on se décidât à se mettre à l'œuvre : aussi la princesse Mathilde de Toulouse, nièce de Louis VII, alors abbesse de Notre-Dame, s'empressa d'obtempérer à l'ordre du ciel. Les travaux cependant ne furent pas poussés très-activement ; les riches offrandes qui venaient grossir les trésors de l'abbaye ne suffisaient pas, et l'on fut obligé de faire transporter les reliques en pays étrangers, afin d'y recueillir de nouvelles aumônes. 1162. —Mathilde, cependant, mourait avec la consolation de laisser une splendide basilique, dont la gloire devait reluire aux yeux de tous ; et si, à l'extérieur, l'architecture de ce magnifique monument ne paraît pas avoir eu la moindre affinité avec le style ogival qui allait lutter au transsept sud de la cathédrale contre la vieille architecture romane, et qui devait la détrôner presque entièrement avant la fin du siècle, nous sommes autorisés à croire que l'intérieur empruntait déjà, connue tant d'autres églises de la même époque, les timides essais de l'art ogival. Entrons dans quelques détails. Extérieur. — Quant à l'ordonnance générale extérieure, cet édifice ne paraît pas avoir admis de changements devenus déjà communs. C'est toujours la forme des anciennes basiliques adoptée par les premiers chrétiens, avec prolongement des ailes autour du sanctuaire ; mais on ne voit pas encore figurer l'interposition d'une nef transversale, jetée entre l'abside et la grande salle ; son étendue dans œuvre était de 90 mètres, de longueur sur 24 de largeur ; elle couvrait tout l'espace planté d'arbres occupé par la place Saint-Pierre et l'arrière-cour de la caserne actuelle. La façade était nue et sévère, percée de trois portes en plein cintré, dont celle du milieu surchargée d'un fronton aigu, et les deux autres affrontées de deux tours d'égale hauteur : ce qui ne veut pas dire, toutefois que cette partie de l'édifice était dépourvue de toute espèce d'ornements, puisque nous savons que, dans la période de transition, on réservait pour les archivoltes des fenêtres les chapiteaux et les voussures des portails, tout ce que l'ornementisme roman avait de plus luxueux et de plus riche. La corniche de la nef principale et des collatéraux reposait sur des modillons à figures grimaçantes, affectant, comme à Saint-Pierre, les formes les plus bizarres et les altitudes les plus grotesques. On peut la retrouver dans une multitude d'églises : à Vauxrezis, à Courmelles, à Vailly, à Saint-Vaast de la Ferté-Milon, et surtout à Urcel, à Nouvion-le-Vineux, les deux plus curieuses églises peut-être du département. Des contre-forts, plantés de distance en distance, soutenaient l'entablement : ici aux ailes des piliers boutants et carrés peu saillants avec larmiers et ressauts ; là, à la grande nef des colonnes cylindriques cannelées avec chapiteaux feuillages, rappelant la forme corinthienne. Ce motif se retrouve dans plusieurs édifices des XIe et XIIe siècles, et en particulier à Saint-Remy de Reims et au portail de Saint-Pierre. Les croisées à plein cintre égalaient certainement en richesse et en élégance tout ce que le luxe ogival a de plus gracieux. Quatre colonnettes engagées, à scotie profonde, ornées de chapiteaux historiés et fantastiques, portent une brillante voussure brodée d'oves, creusés au vif, développées en fleurons, sillonnées en réseaux, imitant les pommes de pin, les grappes de raisin, l'ananas ; elle est couronnée d'un cordon de feuilles qui se roulent à flots, surmonté d'un ourlet de feuilles laciniées. Les ornements de la seconde fenêtre offrent d'importantes différences. Au lieu de ces oves enlacés dans des contours qui serpentent comme des nébules, c'est une espèce de bandeau plicaturé en zigzags, qui s'étend, se rapproche comme les olis d'un éventail à filet ; c'est une dentelle unie, tuyautée comme celle d'une coiffure étagée, dans la partie supérieure de l'imposte, d'une couronne de rosaces à pétales recourbées, séparées par des culots et garnies d'un feston en dents de scié. Une guirlande de palmettes, rappelant les feuilles d'olivier, recreusées en canal et pressées par le milieu pour en rapprocher les extrémités, descend gracieusement jusqu'à la base des colonnettes. On dirait autant de coquillages rudentés et placés en regard. Je n'ai remarqué que deux violettes. Les chapiteaux sont des plus variés : dans la première fenêtre, un sujet mutilé; un homme qui étouffe deux énormes serpents écaillés ; vis-à-vis un autre personnage, à qui un animal féroce et un oiseau de proie déchirent la langue. Une chimère ailée à queue de serpent, tête humaine, appuie ses griffes sur deux serpents accolés ensemble par une ligature. Dans la seconde fenêtre une belle tête de vieillard, barbé, cheveux, moustaches en faisceau; feuilles d'acanthe, parées d'un cordon de grains de chapelets au milieu ; palmettes enroulées, nattes ou entre lacs bien fouillés. Ces trois derniers chapiteaux sont piqués de perles, ainsi que les tailloirs qui les surmontent. Ces belles fenêtres romanes, dit M. L. Vîlet, dans un rapport adressé au ministre en 1831, sont l'un des plus beaux modèles que j'aie encore rencontrés de ce goût oriental, de ce style byzantin pur, qui, après la première croisade, vint se naturaliser avec plus ou moins de bonheur dans tout l'Occident. Les Grecs, à leurs plus belles époques, n'ont rien sculpté assurément d'un goût plus fin, plus spirituel, plus capricieux à la fois, plus régulier que ces deux arcades. Le clocher, qu'on appelait la lanterne, passait pour une des pièces les plus hardies et les plus délicates. Il était très — élevé et comme découpé à jour par ses nombreuses ouvertures ; mais ses fenêtres géminées, coiffées de trèfles, ses galbes hérissés de crosses, annonçaient que sa naissance était postérieure d'un siècle environ au reste de l'édifice. On dit que l'architecte qui en fut chargé, s'étant aperçu qu'elle penchait, craignit de la voir s'écrouler, et s'enfuit sans réclamer le salaire qui lui était dû. Intérieur. —Après avoir examiné si attentivement l'extérieur de ce magnifique monument, essayons de pénétrer dans l'intérieur ; il doit offrir à notre curiosité une ample moisson d'observations importantes. Mais, hélas ! tout a disparu jusqu'au sol. Le bruit de quelques arbres agitant leurs tendres rameaux, les jeux bruyants des enfants qui s'enfuient entre ses allées de verdure, les conversations monotones du soldat ennuyé de son loisir, mêlées à la voix aigre de quelques marchandes de fruits ; voilà l'étrange psalmodie qui a remplacé le concert éternel de louanges qui retentissait jadis à Notre-Dame. Du reste, n'y recherchez plus ces colonnes romanes mariées aux arcades élancées de l'ogive, ces galeries transparentes, ces splendides verrières, ni l'argenterie bâtie par Ade de Bazoche, ni ce navire d'argent donné par la princesse de Coucy à Marguerite sa fille, ni cet autel de marbre, un des plus beaux qu'on puisse voir, ni ces stalles faites en pleine Renaissance, sous Catherine de Bourbon, ni ces grillés magnifiques en fer battu, dues à la générosité d'Henriette de Lorraine. Ne fouillez pas même la terre pour y retrouver les dalles funéraires qui couvraient les corps de Béatrix de Martin-mont, des deux Elisabeth de Châtillon ; des Marguerite de Coucy ; de Cambronne, de Luxembourg, des Françoise Lejeune, des Madeleine de Vendôme, fille de Jacques, bâtard de Bourbon, des seigneurs de Barbeuçon, du comte et de la comtesse d'Barcourt, dont le corps reposait à l'abbaye de Royaumont, et le cœur à Notre-Dame, auprès de sa fille chérie, Armande-Henriette de Lorraine. Tout a été enlevé, bouleversé, brisé, détruit. Le trésor lui-même, dont rien ne surpassait la richesse, n'est plus. ! les chasses d'argent, ouvrage merveilleux, des siècles de foi, mais effacées par le reliquaire qui renfermait une portion de la croix du Sauveur ; le grand texte des Evangiles enrichi d'une infinité de pierreries ; les Heures et le chapelet de pierre de Luxembourg ; les belles bourses remplies de reliques que les seigneurs français portaient à leur ceinture en revenant des croisades, tous ces objets à jamais regrettables pour les arts, sont passés au creuset de la monnaie, du vandalisme ou de la spéculation. On y admirait aussi les mausolées de Catherine de Bourbon, tante de Henri IV, et de la princesse Louise de Lorraine. Ces deux magnifiques cénotaphes, semblables de forme, étaient de marbre noir incrusté de marbre blanc. Le premier représentait la figure naturelle de la défunte, et celle de sa sœur, la princesse Marie de Bourbon, fiancée à Jacques, roi d'Ecosse, et morte en 1638, à l'âge de 23 ans. Mais les tombeaux les plus renommés étaient deux sarcophages en marbre blanc, de 2 mètres de long sur 1 mètre de haut, supportés par deux colonnes de marbre noir et revêtus d'un couvercle imbriqué ; autour de l'un courent en arabesque des branches de vignes chargées de pampres et de grappes de raisin, une couronne ornée de postes ombrage le fameux chrésimon, ou monogramme du Christ, placé entre l'alpha et l'oméga ; aux extrémités, répétitions des mêmes ornements, guirlande, vigne et épis de blé, avec un large fleuron. L'autre, plus riche, plus varié de sculpture, était couvert de scènes historiées en bas-relief; au milieu se trouvait également placé le monogramme du Christ soutenant une croix garnie de diamants et de pierres précieuses, et sur les bras de laquelle deux colombes sont posées ; deux soldats vêtus à la romaine sont assis au-dessous. Le chrésimon est encadré dans une couronne triomphale surmontée d'une colombe qui paraît tenir à son bec une petite croix pattée. Ces deux tombeaux que Mabillon et Lebœuf estiment être du IVe siècle, avaient été placés de temps immémorial dans l'église, et s'appelaient les tombeaux de saint Drausin et de saint Voué. Peut-être que les restes de ces deux célèbres personnages du VIIe siècle auront été recueillis dans ces monuments chrétiens, demeurés vides à la suite de quelque irruption des barbares ! Quoi qu'il eu soit, c'est devant le premier de ces tombeaux, aujourd'hui indignement relégué entre deux Vespasiennes de la cour du Louvre ; que se sont agenouillés, pendant des siècles, une foule de pèlerins qui affluaient à Notre-Dame pour demander la guérison de leurs maux. Ce fut même une croyance générale au moyen âge, que ceux qui veillaient au tombeau de saint Drausin, avant de se battre en duel, par la permission, des magistrats, étaient surs de remporter la victoire. Au Moustier saint Drosin Veiller y vont encore, le pèlerin Cil qui bataille veulent fere et fournir. Poème de Garin le Lohérain. Anne Comnène, dans son Alexiade, parle de cette coutume, et Jean de Salisbury (Epist. 159) affirme qu'on venait d'Italie de la Bourgogne, demander secours au saint protecteur, comme fil entre autres Robert, comte de Montfort, étant sur le point de se battre avec Henri, comte d'Essex, qui lui contestait la succession de Bretagne. C'était par le même motif que des religieuses passaient des nuits entières devant ce tombeau, quand le roi était à l'armée ou que sa vie était menacée de quelque danger. Les statues qui ornaient l'église de l'abbaye, d'abord envoyées, comme les tombeaux de saint Drausin et de saint Voué, au musée des Petits-Augustins, ont été restituées à la ville de Soissons, à l'exception d'une seule représentant Catherine de Bourbon, tante d'Henri IV, que l'on conserve à Saint-Denis ; d'autres , au nombre de cinq, sont placées dans notre cathédrale ; deux eu marbre blanc, d'un prix inestimable, représentant l'Annonciation, forment l'accompagnement du maître-autel ; deux autres, d'un fort beau style, qui forent des abbesses du temps de Louis XIV , Henriette de Lorraine d'Elbeuf, morte en 1669 ; Gabrielle-Marie de la Rochefoucauld, morte en 1695, sont logées à l'entrée de la cathédrale. Le sculpteur de cette dernière a été un nommé Guillein dict de Cumbray. La cinquième, Henriette de Lorraine d'Harcourt, cataloguée au musée des Monuments français sous le n°370, va recevoir prochainement, nous avons lieu de l'espérer, ainsi que le sarcophage de saint Drausin, un droit de cité dans notre intéressante basilique.
Source : Dictionnaire des pèlerinages religieux (1851)
Avertissement : ce texte restitue l'opinion de son auteur sur les faits, les choses ou les gens évoqués à l'époque où il a été écrit. O tempora, o mores ... cet article est fruit d'un contexte. Il ne présume en rien de l'avis de l'éditeur du site sur le sujet évoqué.