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Emplois en France
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Églises. Les églises de la Cité Valette ne font pas exception à la règle : elles sont, à l'extérieur, de la plus grande simplicité ; et, à l'intérieur, d'une richesse éblouissante. Celle que la piété des Maltais a dédiée à saint Jean est la plus belle. Elle fut bâtie par le grand maître Jean de la Cassière, et consacrée par Ludovico Torrès, archevêque de Montréal. L'absence de dôme lui donne un aspect assez mesquin: mais en pénétrant sous ses voûtes, on est frappé de L'éclat de ses ornements, de la splendeur de sa décoration, un peu profane, peut-être. De quelque côté qu'on jette les yeux, on ne voit qu'or, marbre resplendissant et peintures magnifiques. Cotoner, un des plus renommés souverains de Malte, épuisa son trésor particulier à faire dorer les innombrables sculptures de cette église. Le pavé est entièrement composé de pierres sépulcrales en marbre de toute couleur, incrustées de jaspe et d'agate ; admirable mosaïque, qui a coûté des sommés énormes. Sous chacune de ces pierres armoriées, qui sont au nombre de quatre cents, dort un chevalier qui mérita par sa vaillance, ou par les services rendus à l'Ordre, de reposer dans la même enceinte que l'Ile-Adam et la Valette. Les chapelles latérales sont, comme la nef, ornées de monuments funéraires. Quelques-uns de ces tombeaux, tous du marbre le plus rare, sont surmontés ou accompagnés d'une quantité de piques, de canons, d'armes de toute espèce, de casques, de rames et de proues de navires ; ces attributs guerriers rappellent que ceux dont la cendre repose ici ont été redoutables à leurs ennemis ; et les emblèmes religieux auxquels ils sont mêlés montrent qu'ils puisèrent leur courage dans une foi inébranlable. Le tombeau du grand maître Cotoner se fait remarquer par la profusion de ses ornements : un Turc et un Africain, à la figure expressive, soutiennent le sarcophage. La composition de ce monument est de mauvais goût, comme celle de la plupart des tombeaux de l'église Saint- Jean ; mais les matériaux, qui le composent sont si splendides, le marbre s'y marie si harmonieusement avec le tapis et l'agate, que l'aspect en est des plus séduisants. Du reste, ces tombeaux si coquets ne jurent pas le moins du monde avec le caractère général de l'église, qui est quelque peu théâtral. Dans une des chapelles, on voit le tombeau du grand maître Rohan. Au-dessous repose une femme, la nièce de ce prince. Quel titre mademoiselle de Rohan avait-elle à un pareil honneur ? Aucun, si ce n'est le nom qu'elle portait ; mais c'était assez pour que le gouverneur anglais, sir Thomas Maillaud, la jugeât digne d'être placée auprès d'un héritier des d'Aubusson et des Vignacourt. C'était là une galanterie toute française. Le maître-autel est isolé et placé au milieu du chœur ; un peu plus, loin, on aperçoit un groupe de marbre représentant le baptême de Jésus-Christ, groupe taillé dans un seul bloc. Cette scène ne manque pas d'expression. Il y a dans la figuré du Rédempteur un sentiment de joie sereine et de bonheur pieux qui cause une douce émotion. Sous l'autel est un caveau qui renferme les cercueils de douze grands maîtres. Celui-ci, nous disent les épitaphes, élevé le palais ; celui-là a bâti l'église ; cet autre dressa le plan des jardins d'Antonio ; un quatrième dota la capitale d'un supplément de fortifications, et fit parvenir l'eau à la ville par un bel aqueduc ; passons. Mais Voici les restes vénérés de la Valette et de l'Ile-Adam. Arrêtons-nous respectueusement devant ces cendres illustres. Des rayons lumineux entourent leurs sarcophages ; que surmontent deux, belles statues, l'une de marbre l'autre de bronze avec les mains jointes. Pourquoi faut-il ajouter que tous deux sont également négligés et oubliés ! La statue de l'Ile-Adam est, au dire d'un voyageur moderne, odieusement mutilée ; une poussière épaisse couvre les tombes de ces deux grands hommes, et des toiles d'araignées tapissent les intervalles des sculptures. A chaque pas que l'on fait dans le caveau à la lueur vacillante du flambeau que porte le gardien, on se heurte contre un débris précieux tombé à terre. Il semble cependant que les gouverneurs anglais devaient plus de respect à deux hommes dont la gloire a rejailli sur toute la chrétienté, et dont le nom vivra éternellement dans l'histoire. En remontant dans l'église, votre Cicérone ne manquera pas de vous faire remarquer une chapelle qu'on appelait l'Oratoire, et qui était l'objet de la plus profonde vénération du temps des chevaliers. C'est là que dans .un magnifique reliquaire d'or supporté par quatre pieds enrichis de pierreries, on conservait la main de saint Jean, donnée à d'Aubusson, grand maître de l'Ordre, par le sultan Bajazet. Cette main, autrefois conservée dans une église d'Antioche, fut apportée à Byzance par ordre de l'empereur Justinien. Respectée par Mahomet II, lors de la prise de Constantinople, elle resta dans le sanctuaire de la basilique où elle avait été déposée. Bajazet II, parvenu au trône après la défaite de son frère Zizim, pour s'assurer l'amitié de d'Aubusson, grand maître des chevaliers de Saint-Jean, alors établis dans l'ile de Rhodes, lui envoya cette main qu'il avait refusée à plusieurs princes de la chrétienté. La sainte relique fut transportée à Malte, et placée dans l'église de Saint-Jean, où elle resta jusqu'en 1793. Les Français l'enlevèrent, ainsi que tous les objets précieux qui se trouvaient dans les monuments publics de la Valette ; mais après la capitulation ils la rendirent au grand maître Hompesch qui l'emporta en Italie ; elle fut ensuite envoyée à Saint-Pétersbourg, lorsque Paul Ier se fut proclamé grand maître de l'Ordre; Telle est, en quelques mots, l'histoire de cette main de saint Jean, qui, longtemps révérée sous le ciel de l'Asie Mineure ; devint une espèce de talisman par la vertu duquel des hommes de toutes nations, réunis sous le même drapeau, accomplirent de glorieuses actions et conquirent une place honorable dans les fastes dû catholicisme. On conçoit du reste que les agents du Directoire aient restitué sans hésiter cette relique à ses légitimes possesseurs. Le trésor de Saint-Jean contenait assez de richesses pour que les personnes chargées d'en dresser l'inventaire pussent abandonner aux derniers représentants de l'Ordre de Malte quelques ossements dont la Valeur ne pouvait s'estimer par sous et deniers. Cette ironique sacrifiée fût longuement compensée par l'acquisition d'un immense butin d'objets plus matériellement précieux. Des devants d'autel du plus grand prix, dont un en argent ciselé ; les statues des douze apôtres en argent ; dès encensoirs magnifiques; des ciboires en or étincelants d'émeraudes et de rubis ; plusieurs grandes croix en or, en vermeil ou en argent ; adaptées à des bâtons de même métal ; des ostensoirs en or ; des tablettes d'autel en argent, sur lesquelles étaient gravées les prières du lavabo ; de la consécration et du dernier Évangile ; la coupe d'or enrichie de pierreries donnée par Henri VIII à l'île-Adam ; l'épée et le poignard que la Valette avait reçus de Philippe Il, enfin une foule de curiosités parfaitement justiciables du creuset, tels furent les articles du budget de recettes que la commission Chargée de la visite du trésor de Saint-Jean présenta au général Bonaparte. Les nouveaux maîtres de Malte furent, on le voit, généreux à bon marché. — Les peintures de l'église Saint-Jean sont dignes de la magnificence de cette cathédrale. Elles sont presque toutes de Mathais Preti. Cet artiste, généralement connu sous le nom de Calabrois, a déployé ici toutes les qualités de son talent, c'est-à-dire une fougue d'imagination sans égale, une admirable vigueur de pinceau, et une puissance de couleur qui ne le cède pas à l'école espagnole. Toute la vie de saint Jean, dont les différents épisodes occupent la voûte de la nef et les coupoles des chapelles; est due au pinceau de Mathias Preti. C'est ici qu'il faut venir étudier l'élève du Guerchin ; car, nulle autre part, il ne s'est révélé plus hardi, plus fécond, plus digne d'admiration. Ses travaux furent récompensés par le titre de chevalier de Malte, qui lui fut décerné aux applaudissements de l'Ordre. La chapelle dans laquelle était déposée la main de saint Jean offre un tableau plus remarquable encore que ceux dont le Calabrois a enrichi cette église ; nous voulons parler du martyre du même apôtre, peint par Michel-Ange de Caravage. Malgré la couche de fumée qui couvre cette toile, on peut voir.que la terrible scène qui fait le sujet de la composition a été rendue par le peintre avec une vérité et une nature effrayant. Le poétique contraste qu'offrent l'attitude du bourreau et le maintien paisible de saint Jean, dont la tête est ingénieusement éclairée par le reflet d'une draperie rouge ; l'audace de dessin qu'on remarque dans les figures et les accessoires ; la force et l'harmonie générale du coloris, font de cette œuvre une des meilleures productions du Caravage. On sait que ce peintre, qui étudia sur toute la nature matérielle, excellait dans le portrait. Celui du grand maître Vignacourt, dont nous avons déjà parlé, passait pour son chef-d'œuvre ; rien de plus admirable, en effet, sous le rapport du modelé et du ton des chairs, que la tête du grand maître et celle du jeune page. Si l'histoire qu'on raconte au sujet de ces peintures est exacte, les tableaux du Caravage, qui décorent la cathédrale et le palais de la Valette, sont doublement dignes d'exciter la curiosité des étrangers. On dit qu'ayant été insulté par un chevalier romain, Michel-Ange vit repousser son cartel parce qu'il n'était qu'un roturier. Dès ce moment, il n'eut qu'une seule idée, celle d'effacer la tache imprimée à son honneur, qu'un seul désir, celui de conquérir par son génie des titres de noblesse et le droit de se battre avec un chevalier. C'est sous l'empire de cette préoccupation qu'il composa ses tableaux pour Malte ; il travailla sans relâche, dévoré par la honte de l'affront qu'il avait reçu et excité par l'espoir de la vengeance. Cette fièvre morale doubla son talent, et sa Décollation de saint Jean lui mérita le titre qu'il ambitionnait avec tant d'ardeur. Il put alors appeler son ennemi en duel, car il avait franchi la distance qui le séparait de lui. C'est là un des exemples les plus frappants de ce que peut le sentiment de l'honneur poussé à l'excès. Du temps des chevaliers, on célébrait, dans l'église Saint-Jean, des fêtes solennelles, et les cérémonies qui avaient lieu dans ces circonstances avaient un caractère qu'on ne retrouve pas ailleurs. Le grand maître, en qualité de souverain, s'asseyait sous un dais magnifique placé dans le sanctuaire ; au-dessous de la sainte table était une rangée circulaire de bancs occupés par les grands-croix, tous revêtus du costume officiel ; les chevaliers et les gens attachés au service de l'Ordre se tenaient dans les parties latérales de l'église. Le prieur de Saint-Jean officiait en habits épiscopaux ; pendant tout le temps de la messe, un des servants agitait devant lui un large et riche éventail en plumes ajusté sur un bâton doré. La fête du 8 septembre était surtout célébrée avec pompe et magnificence. C'était le jour anniversaire de la levée du siège de Malte en 1565. L'église était parée à l'extérieur de tapisseries dont les dessins et les couleurs rappelaient les tableaux de la voûte. La nef et les chapelles étaient remplies d'une foule brillante dans laquelle les illustrations ne manquaient pas. Tout à coup le canon des forteresses faisait trembler les vitraux de la cathédrale ; à ce signal, l'étendard victorieux paraissait et était déposé au pied de l'autel, au son d'une musique guerrière. Il était porté par un chevalier, coiffé de son casque ; à sa gauche marchait un page tenant dans ses mains l'épée et le poignard offerts à l'héroïque la Valette par le roi Philippe Il ; à droite, le maréchal, suivi de tous les chevaliers de la langue d'Auvergne, particulièrement chargés de la garde du grand étendard. La vue de ce drapeau, que les infidèles ne purent abattre des bastions du fort Saint-Ange ; le bruit du canon ; les fanfares que la musique faisait entendre ; les flots de lumière qui s'échappaient de mille cierges enflammés, et que reflétait splendidement le marbre des tombeaux ; les nuages d'encens qui inondaient la vaste enceinte de suaves parfums ; l'éclat de l'or, le magique effet des peintures du Calabrois, le prêtre couvert de ses vêtements pontificaux, et dont les cheveux blancs étaient doucement soulevés par l'éventail de plumes; cette tradition orientale ; ce dais magnifique, cette multitude de grands-croix et de chevaliers au riche costume ; ces panaches qui s'agitaient comme les arbres d'une forêt sous l'effort du vent ; la physionomie de toutes ces figures sur lesquelles se peignait le plus vif enthousiasme, tout cela formait un tableau singulièrement émouvant, et dont la plume ni le pinceau ne sauraient rendre le prestige. Au dehors, les jeux du cirque ne manquaient pas au peuple ; des réjouissances publiques lui rappelaient que, lui aussi, avait sa part de gloire à revendiquer dans ce jour mémorable, et pour entretenir dans sa mémoire le souvenir du héros chrétien dont il fêtait le triomphe, on exposait à sa vénération le portrait de la Valette. Nous avons peu de chose à dire sur les autres églises de la Cité Valette. Elles sont toutes richement décorées, sans être ; cependant aussi somptueuses que Saint-Jean. Elles contiennent plusieurs tableaux remarquables ; l'église Saint-Dominique possède une sainte Rose par le Calabrois ; celle des Jésuites, trois épisodes de la vie de saint Pierre peints par Favray ; celle des Carmes, un saint Roch par le même artiste.
Source : Dictionnaire des pèlerinages religieux (1851)
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