L’érection d’usines et le développement de l’administration, allant de paire avec l’industrialisation, ont conduit à une concentration de population autour des centres urbains, mais, en France, les vacances ne sont devenues effectives – pour les ouvriers et employés – qu’à partir de l’établissement des congés payés en 1936 sous le gouvernement du Front Populaire, alors que les fonctionnaires en bénéficiaient depuis le régime du Second Empire (1852-1870). Les premières destinations de vacances recherchées par ces nouveaux citadins furent les bords de mer et les villes d’eau. Les Anglais, qui avaient quelque avance dans le processus industriel, ont été à l’origine de la fondation des stations balnéaires de la Côte d’Opale (le Touquet) proches de leur base, mais également de la Côte d’Azur (Nice étant leur principal point d’attache comme le rappelle l’existence de la Promenade des Anglais).
Parallèlement, les villes d’eau – aux sources censées régénératrices ou curatives – se sont développées. Ainsi, Thonon-les-Bains, Évian, Bagnoles de l’Orne, Vichy, Salies-du-Salat, La Roche-Posay, ou encore Contrexéville et Chatel-Guyon ont donné naissance aux vacances à vocation thermale. Le tourisme initial était donc essentiellement tourné vers les activités aquatiques. Ce n’est qu’au tournant des années 1960 que les centres d’intérêt consécutifs aux vacances se sont diversifiés. En premier lieu, les Européens ont cherché à diviser leurs vacances en plusieurs séjours plus courts. La montagne en a profité et les stations de sports d’hiver se sont multipliées. Aux villages traditionnels de Megève, Val d’Isère, Morzine ou Chamonix, se sont ajoutées des stations construites ex nihilo pour la pratique du ski (Les Arcs, Avoriaz, Tignes) offrant des infrastructures adaptées à une demande en expansion. En second lieu – et simultanément –, les vacances à but culturel ou de découverte ont fait leur apparition et les bénéficiaires de congés se sont déployés en des régions touristiques hors des zones littorales ou dotées de sources (par exemple les châteaux de la Loire, l’Alsace) présentant des attraits différents et chargés d’histoire, et, surtout vers les pays frontaliers.
L’esprit des vacances avait changé et il ne s’agissait plus seulement de se reposer d’une année de labeur mais de découvrir des destinations plus éloignées. À partir du début des années 1970, l’aéronautique s’est transformée, a passé un gap quantitatif et les premiers gros porteurs sont apparus. Consécutivement, les prix des vacances à l’étranger ont chuté, ouvrant des horizons nouveaux de vacances plus lointaines aux budgets moyens. La dérégulation du marché aérien – concrétisée par les charters et les compagnies low cost –, survenu vingt ans plus tard, a accentué cette forte tendance à choisir des destinations de plus en plus lointaines, d’autant que les groupes industriels installaient des infrastructures hôtelières appropriées dans des pays qui étaient jusque-là dépourvus de commodités aux normes occidentales.
Aujourd’hui, le paysage des vacances a évolué. La crise économique qui a frappé les États d’Europe, de l’Asie occidentalisée (Japon, Corée du Sud, Singapour) et d’Amérique du Nord, dont les premiers signes sont apparus à l’aube de 2008, si elle n’a pas modifié de façon sensible le standard de vie – le niveau de vie global n’a pas baissé, seulement stagné sur la période 2007-2009 –, a modifié les comportements des ménages quant aux postes les plus exposés aux variations des budgets familiaux, par effet d’anticipation. Aux premiers rangs de ceux-ci figurent les loisirs, au sens large, dans la mesure où ils ne sont pas ressentis comme vitaux contrairement aux frais de logement, nourriture, transport, etc. Les ménages ont apporté des ajustements et, si l’aspiration aux vacances – c’est-à-dire au tourisme – reste identique, les dépenses inhérentes au voyage ont été restreintes. En un sens, certains effets bénéfiques peuvent, du point de vue du Ministère du Tourisme, être relevés. Les Français choisissent, à présent, plus volontiers la France comme destination de vacances et privilégient les déplacements, à ce titre, hors haute saison par raison d’économie.
Cependant, une étude récente du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC), a montré que 46% des Français n’étaient pas partis en vacances (entendu comme 4 nuits consécutives hors du domicile pour raison non professionnelle) sur la période juin 2008 – juin 2009. Le principal motif invoqué était largement des raisons financières (51%). En contrepoint, le taux de départ en week-end a légèrement augmenté (55% en juin 2009 contre 52% en juin 2008) et ceux qui partaient habituellement en vacances ont continué à le faire à 90% tandis que la quasi-totalité des non partants ne prenaient pas de vacances les années précédentes. Il n’en reste pas moins que les effets d’une conjoncture défavorable sur les départs en vacances pourraient se faire sentir de manière différée. L’étude du CREDOC souligne également que, majoritairement et à taux de départs en vacances comparable, le budget vacances diminuera dans les foyers. Là encore – si l’on suit la tendance constatée pour la dernière période –, les vacances en France seront favorisées au détriment de l’étranger à 39%, le « hors saison » à 33% et les économies liées à une réservation précoce toucheront 26% des prétendants. À un degré moindre, mais non négligeable, les Français envisagent d’opter pour les formules « tout compris » à 21%, de décider de raccourcir leurs séjours de vacances à 17%, de réserver à la dernière minute pour bénéficier des « soldes » – de plus en plus répandus dans l’industrie touristique – à 15%, voire de négocier les prix à 13%.
De surcroît, la tendance à dépenser moins sur place, une fois parvenu à la destination de vacances, se vérifie. Il est à noter que les vacances low cost (vols et hébergement) tentent 16% des adeptes des vacances quand bien même les deux tiers de la population montreraient des réticences envers ce système, jugé peu fiable voire trompeur. Ainsi, apparaît-il que le poste vacances des budgets des ménages est l’un des plus touchés par la crise. Ce panorama incite à penser que les acteurs économiques du secteur vacances (tour opérateurs, agences, compagnies aériennes, chaînes hôtelières) doivent tenir compte du nouvel état d’esprit des acheteurs de vacances et améliorer l’adéquation entre l’offre et la demande. Si l’on affine l’analyse, on s’aperçoit que l’adéquation entre les propositions et les besoins ressentis diffère selon le type de clientèle visé. Si l’offre actuellement sur le marché satisfait très largement les couples sans enfant – en moyenne plus mobiles et au budget moins serré – à 79%, les groupes d’amis (74%) et les personnes âgées de plus de 70 ans (61%), en revanche, les familles nombreuses (58%) ou monoparentales (55%) ont une moindre appréciation des prestations offertes.
Face à cette situation, le Ministère chargé du Tourisme mène une politique tendant à favoriser les départs en vacances orientés dans quatre directions. Premièrement, les autorités mettent en place des dispositifs favorisant les personnes en état de difficulté sociale, certaines personnes âgées, les handicapés, les jeunes adultes sans emploi à travers les « Bourses Solidarité Vacances », la labellisation « Tourisme et Handicap », le programme « Seniors en Vacances », proposant des tarifs préférentiels. Deuxièmement, chaque année des « Conventions d’Objectifs » sont signées par le ministère en relation avec des associations spécialisées dans l’aide aux défavorisés. Troisièmement, l’État finance le « chèque-vacances », qui touche 7 millions de bénéficiaires, à hauteur d’un milliard d’euros (chiffre de 2006). Quatrièmement, dans un cadre interministériel, des actions sont menées en faveur des exclus en relation avec la politique de la ville.
Pour ce qui est des vacances des Français, 63% ont effectué au moins un séjour en métropole, 17% à l’étranger (statistiques de 2006). Les départements de métropole sont représentés dans les chiffres de fréquentation de manière très inégalitaire. Ils se divisent pour la direction du Tourisme en 6 groupes selon leurs caractéristiques. Le groupe 1 est dit à « dominante littorale » et comprend 15 départements. Ils sont les plus prisés par les touristes français et donc surreprésentés en termes de nuitées. Appartiennent, entre autres, à cette catégorie : les Alpes Maritimes, les Pyrénées Orientales, la Vendée, le Var, les Côtes d’Armor. Les départements du groupe 2 possèdent « plusieurs espaces dominants », autrement dits des centres d’intérêt variés. On y trouve le Gers, le Puy de Dôme, l’Isère, le Vaucluse, les Vosges et le Jura parmi d’autres. Le groupe 3 est le plus nombreux et est dit à « dominante rurale ». Il correspond précisément aux vacances à la campagne. On y trouve le Loir-et-Cher, l’Orne, le Tarn, l’Yonne, la Moselle… et bien qu’il représente environ le tiers des départements, les Français n’y consacrent que 15% de leurs nuitées. Le groupe 4 comprend les départements « fortement urbains ». En premier lieu Paris, mais aussi le Rhône, les départements d’Île-de-France, le Nord et le Territoire de Belfort. Il se caractérise par des séjours courts et, essentiellement en hébergement non marchand. Les départements à « dominante montagnarde » forment le groupe 5. Guère fréquentés en dehors de la période des sports d’hiver et, à un moindre degré, en période estivale, on trouve dans cette catégorie 9 départements dont les Hautes Alpes, la Savoie et les Hautes Pyrénées. Enfin, le groupe 6 ne se compose que de la Corse. Seule région où l’on ne peut se rendre qu’en avion ou bateau (si l’on excepte les départements d’Outre-Mer non inclus dans cette nomenclature), la Corse se distingue par un fort taux de fréquentation en hébergement marchand (67%) motivé principalement par l’agrément. Ce « groupe » se différencie aussi des autres par une durée du séjour en moyenne supérieur (10 jours).
Les vacances hors métropole ont aussi été classifiées en groupes (au nombre de 4) en fonction de la motivation des touristes.
Ainsi, le groupe « affinitaire » comprend-il, par exemple, le Canada, le Mali, le Cameroun, la Réunion (car les départements et territoires d’Outre-Mer sont inclus dans l’étude). En dépit de leur éloignement, ces pays sont liés à la France souvent par la langue mais également par des contacts amicaux ou familiaux. Les visiteurs français y séjournent en moyenne deux semaines, plutôt en ville (60%) qu’en bord de mer (37%), à la campagne (33%) ou à la montagne (29%). La somme de ces pourcentages est supérieure à 100 car non exclusifs les uns des autres. Ce groupe est fréquenté par des touristes à la fois fortunés et de revenus modestes.
Historiquement, les vacances sont indissociablement liées à l’essor des transports et à l’élévation du niveau de vie, eux-mêmes fruits de l’industrialisation, née au milieu du XIXème siècle en Angleterre. Jusqu’alors, la quasi-totalité de la population vivait de l’agriculture (économiquement le secteur primaire) et, hormis une élite aristocratique ou intellectuelle, la plupart des habitants des pays occidentaux ne quittaient pas, au cours de leur vie, un rayon de 10 km autour de leur lieu de résidence, ne se rendant au bourg le plus proche que pour les besoins des échanges marchands. La notion de vacances ne pouvait se concevoir dans un monde dépendant de l’élevage et de l’agroalimentaire, nécessitant une présence constante. Par ailleurs, manquaient les infrastructures routières, ferroviaires ou d’hébergement (si ce n’est les relais de poste) permettant les longs déplacements. En effet, l’idée de vacances est associée à celle de voyage hors du domicile, supposant des nuitées à l’extérieur de l’habitation coutumière.
Concernant les destinations de vacances, la France se place en première position mondiale. Plus de 80 millions de visiteurs étrangers passent chaque année par l’hexagone, Paris représentant la ville la plus fréquentée au monde par les touristes. Toutefois, sur le plan des dépenses touristiques effectuées en France, elle n’occupe que la troisième place car la durée des séjours de vacances y est plus courte qu’aux États-Unis et en Espagne qui la précèdent sur ce plan. La raison en est que la France, nécessaire plaque tournante pour les non Européens se répandant sur le continent et lieu de passage quasi obligatoire pour les Européens du Nord (Hollande, Suède, Finlande, Angleterre…) n’est pas nécessairement le but final des vacanciers attirés par les rives ensoleillées de la Méditerranée.
Le groupe « proximité » se rapporte aux pays limitrophes ou joignables par des moyens terrestres – soit les États européens. Visités à 50% par la route, à 10% par le train, mais à 40% par voie aérienne. On trouve naturellement dans cette classe l’Espagne (où se rendent 16% de Français partant en vacances à l’étranger), l’Italie (11%) mais aussi la Grande Bretagne, les pays du Benelux, la Suisse, de même – quoique de plus fraîche date – la Norvège, la Hongrie, la Roumanie. Les Français sont attirés par ces pays en raison de la facilité relative d’accès et d’une certaine similitude dans le mode de vie.
Il en va tout à fait différemment pour le groupe « découverte » où l’on ne peut se rendre qu’en avion, où les contacts familiaux et amicaux sont faibles et le but recherché le contact avec des cultures éloignées. Le séjour se fait en ville (83%), à la mer (47%), à la campagne (43%), à la montagne (41%). Le total est supérieur à 100 car souvent associé à un circuit. Pérou, Tanzanie, Cambodge, Japon, Australie appartiennent à ce groupe. Les visiteurs sont majoritairement issus de la région parisienne, vivent seuls ou s’y rendent en couple sans enfant. Les hommes sont plus nombreux que les femmes et les revenus sont plus élevés que la moyenne. L’attirance des Français pour les destinations possédant un littoral prédominant et un climat chaud se vérifie dans le groupe « balnéaire ». Le séjour est en moyenne de 10 jours, plus fréquent en été pour l’hémisphère nord, en hiver dans l’hémisphère sud. La clientèle, plus familiale que dans le groupe « découverte », s’adonne aux activités nautiques et ne possède pas de relations familiales avec les pays visités. Le vacancier ne fréquente pratiquement pas les villes. Caraïbes, Seychelles, Turquie, Croatie, Turquie, Tunisie sont des destinations phare de ce groupe.
Des 180 États recevant les vacanciers français, viennent en tête – dans l’ordre – Espagne, Italie, Benelux, Allemagne, Tunisie, Maroc, Angleterre, Suisse et Portugal. Le Nigéria et l’Angola sont en queue de peloton. Et si c’est au Benelux que la durée des vacances est la plus courte (3,6 jours), c’est au Pakistan qu’elle est la plus longue (19 jours).
Cependant, quelles qu’en soient les raisons, la France reste la destination première de vacances des Français, tout mode d’hébergement inclus, une tendance forte poussant au développement des solutions alternatives à l’hôtel, à savoir : camping, chambres d’hôtes, échange d’appartements.
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