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DÉFINITION ET NOTION DE VOYAGE

voyage terme

Le concept de voyage se définit selon le dictionnaire Larousse, comme « le déplacement d'une personne qui se rend en un lieu assez éloigné ». Ces termes restent assez vagues dans la mesure où la distance à parcourir n'est pas spécifiée. La définition semble, toutefois, exclure les trajets effectués pour se rendre chaque jour sur son lieu de travail, les visites de voisinage, les pique-niques dans la proche forêt… Pour sa part, le Petit Robert ajoute une information complémentaire. Le voyage, c'est le « fait de se déplacer hors de sa région ou de son pays ». Un ordre de grandeur de la distance est alors suggéré, mais l'ambiguïté n'est pas entièrement levée pour autant, puisqu'un frontalier qui se rend de Roubaix (Nord-Pas-de-Calais) pour s'approvisionner à Mouscron, en Belgique, ne parcourt que 10 km, tandis, qu'à l'inverse, l'habitant de Provence Alpes Côte d'Azur effectuant le voyage d'Orange à Menton effectuera plus de 300 km sans quitter sa région. Dès lors, une définition économique du voyage s'imposait. Aussi, du point de vue de l'INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économiques), du ministère du Tourisme et des organes officiels, le voyage est entendu comme un déplacement de personne devant inclure une nuitée au minimum à l'extérieur de son domicile et dont la durée ne dépasse pas un an (auquel cas on aurait affaire à un processus de migration soit interne au pays, soit international). L'avantage de cette définition repose sur le fait qu'elle introduit une dimension de consommation dans le voyage et qu'elle borne ses limites inférieures et supérieures dans le temps.

La notion de voyage est inséparable du développement de l'espèce humaine. À l'origine, si l'on en croit les paléontologues, l'Humanité s'est développée, il y a 4 millions d'années – à partir des australopithèques –, dans la vallée du Rift aux confins des actuels Éthiopie, Kenya et Tanzanie, puis a essaimé sur l'ensemble de la planète jusqu'à l'Amérique et les îles du Pacifique au cours des 50 000 dernières années. Poussés par la nécessité de se procurer de la nourriture et la recherche d'un habitat propice, les hommes ont donc été contraints au voyage tout au long de leur évolution. À partir des dernières 10 000 années, ils se sont progressivement sédentarisés (cf. les ruines du village de Jéricho à l'est de Jérusalem) mettant fin à leur voyage de colonisation de la planète. Hormis les mouvements de conquête de certains peuples (guerres saintes, invasions, immigration), le voyage de masse n'est réapparu qu'avec le développement des modes de transport. Au XIXème siècle, l'industrialisation de l'Angleterre, puis de l'Europe continentale et des États-Unis, a induit les activités de transport ferroviaire. Au début du XXème siècle, la naissance de l'automobile a permis le développement du réseau routier. La fin de la Seconde Guerre Mondiale – et son corollaire, l'élévation considérable du niveau de vie – s'est accompagnée de l'essor de l'aviation civile à grande échelle, bientôt suivi, dans les années 1970-75, par la mise en service des gros porteurs, favorisant le tourisme de masse. Aujourd'hui, le mouvement s'est amplifié grâce aux compagnies low cost, rendant le voyage aérien plus accessible à des bourses modestes. Conséquence de cette augmentation de moyens de transport à la disposition des passagers, les industries du voyage prennent une place prépondérante dans les comptes de la nation. Le secteur du voyage représentait, en 2004, 6,2% du Produit Intérieur Brut (PIB) de la France.

LES POÈTES ET ÉCRIVAINS

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Le voyage est donc profondément lié à la nature humaine. Dès qu'il peut en dégager les moyens financiers, matériels ou logistiques, l'homme se révèle avoir une forte propension au voyage. Ainsi, qu'il s'agisse de littérature, de cinéma, de peinture ou de théâtre, les créations des artistes accompagnent-elles ce goût humain pour le voyage et font-elles une part de choix à ce thème. Parmi les poètes, Joaquim du Bellay (1522-1560) évoque : Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage. Le domaine du roman a, également, été largement inspiré par le voyage. La plupart des ouvrages de Jules Verne (1828-1905), se rapportent au voyage dont les célèbres Tour du Monde en 80 Jours, Voyage au Centre de la Terre, Cinq Semaines en Ballon, Vingt Mille Lieues Sous les Mers, etc. Le voyage a inspiré la Suédoise Selma Lagerlöf (1858-1940) auteur du Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède. Jonathan Smith a publié en 1721 Les Voyages de Gulliver. Plus près de nous, Simenon a écrit Maigret Voyage et l'essayiste Michel Onfray a consacré un livre à la Théorie du Voyage. Le théâtre de boulevard a proposé Le Voyage de Monsieur Perrichon, sous la plume d'Eugène Labiche (1815-1888). Le mot voyage se retrouve dans une multitude de titres de films : Le Voyage Fantastique (Richard Fleischer, Etats-Unis), Voyage en Italie (Roberto Rossellini, Italie), Papa est en Voyage d'Affaires (Emir Kusturica, ex-Yougoslavie). Quant à la peinture, elle illustre fréquemment les épopées du voyage de conquête allant des expéditions vikings chez les artistes de Scanie et du Danemark aux campagnes napoléoniennes (La Bataille d'Austerlitz, par François Gérard) sans oublier Le Radeau de la Méduse de Th. Géricault, peint en 1821.

L'HISTOIRE DU VOYAGE

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Les psychologues et anthropologues ont essayé de comprendre les mécanismes par lesquels le voyage – réel ou fantasmé – revêtait une telle importance pour les sédentaires du XXIème siècle. Cette connaissance du processus de formation du goût pour le voyage n'est pas sans intérêt, du point de vue des tour opérateurs – « fabricants » de voyage –, dans la mesure où elle permet de mieux cerner les besoins et, surtout, l'évolution de ceux-ci, afin de s'approcher au plus près de la demande et d'offrir des produits correspondants aux attentes. À travers le voyage, le touriste chercherait essentiellement – si l'on en croit les études menées sur le sujet, notamment par le professeur J.D Urbain – à se distinguer par un comportement le faisant échapper à la norme d'une vie formatée et monotone, basée sur une répétition quotidienne des mêmes travaux. Ainsi, la motivation du voyage pourrait se résumer dans cette phrase : « Dans tout voyage, on joue à être un autre ». Lorsqu' il y a 150 ans – époque des pionniers du voyage touristique –, les seuls transports disponibles étaient les chemins de fer, les déplacements à destination de voyage, forcément limités, étaient rationalisés en invoquant les besoins de santé. De ce fait, l'engouement pour la Suisse et ses stations d'altitude pourvues de sanatoriums, la Côte d'Azur et ses bains de mer bienfaisants, la Côte d'Opale (partie continentale la plus proche de la Grande-Bretagne, d'où la fondation du Touquet) au climat vivifiant, s'explique-t-il. Autre motif pour justifier le voyage d'agrément : la culture. Dans cet esprit, les grands centres urbains ou historiques (Rome, Venise, Paris, Reims, Vienne…) étaient privilégiés, avec une prédominance pour les sites situés en bord de mer, tendance déjà constatée au XIXème siècle et poursuivie au XXème. Le musée du Louvre, la cathédrale de Canterbury ou le château de Chambord constituaient le but affiché du voyage au même titre, mais pour d'autres raisons, que Biarritz, Vichy ou Nice.

Mais l'accroissement, d'abord progressif puis exponentiel, du nombre de candidats au voyage, ne permet plus à ceux-ci de faire preuve d'originalité ou de créativité dans le choix des destinations classiques de villégiature. Le voyage auquel aspire le voyageur nouveau va devoir apporter un plus qui satisfera sa quête de changement et sa recherche d'innovation. C'est pourquoi, face au voyage traditionnel comportant un trajet, un lieu de séjour ou un circuit, les organisateurs de voyage se dirigent désormais vers une offre de voyage prenant en compte le désir de la clientèle de se différencier. Deux axes principaux semblent actuellement se dégager. Par opposition au voyage dans lequel le touriste était passif, voire se ressentait comme un intrus dans un univers étranger (qu'il s'agisse de contrées lointaines ou de régions proches au mode de vie différent), le touriste s'oriente vers un nouvel exotisme s'appuyant sur une démarche altruiste et écologique – c'est-à-dire psychologiquement valorisante – ou encore aux limites de la transgression sociale – apportant un sentiment de libération.

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Concernant le premier point, le voyage à objectif social, religieux ou scientifique se développe. Participation bénévole à des fouilles archéologiques (organisées par les musées d'histoire naturelle), chantiers de restauration (l'association Rempart regroupe 150 associations de sauvegarde du patrimoine), stages d'œnologie (dégustation de vins à Beaune ou à Bordeaux), pèlerinages (le regain pour le pèlerinage de Compostelle ou celui de la Pentecôte à Chartres se vérifie chaque année), immersion dans un centre de SDF (Amsterdam), ateliers de philosophie (la Nouvelle Acropole regroupe des associations de Montréal, Ottawa et Toronto au Canada), initiation à la pêche au saumon (Laponie norvégienne), sont autant d'exemples de ce type de voyage dont le but est le dépassement de soi dans la relation sociale. Dans une catégorie proche quant à la recherche d'un voyage de stimulation, entrent les stages sportifs (notamment de tennis, de golf, de voile).

Une nouvelle pratique du voyage commence à apparaître à l'aube du XXIème siècle. Elle répond à la volonté du touriste de sortir des sentiers battus et peut prendre des formes variées parfois peu recommandables et, en tout cas, nécessitant un encadrement performant. Ce phénomène du voyage « transgressif » avait commencé il y a 30 ans avec la pratique du ski hors piste à l'origine de nombreux accidents. À la montée d'adrénaline correspondait un attrait pour le danger et le sentiment de liberté, de « s'évader ». Aujourd'hui, ce goût pour le voyage en liberté se manifeste par de nouvelles expériences. Au nombre de celles-ci, on peut citer le voyage en terres inhospitalières. Ayant fait le tour des destinations balisées, certains se risquent à passer les frontières de pays en guerre (Afghanistan, Pakistan) ou se risquent en Corée du Nord ou dans les zones tribales instables d'Océanie. À cet égard, le ministère des Affaires Étrangères rappelle qu'il n'entend plus couvrir les rançons et frais de rapatriement des Français pris en otage après s'être aventurés dans les zones déconseillées. Dans le même registre du voyage « transgressif », on peut visiter le site nucléaire de Tchernobyl, effectuer un stage paramilitaire dans une unité d'élite de l'armée de terre, s'inscrire pour la conquête d'un sommet himalayen dans les pas des sherpas. Moins risqué mais tout aussi original, il est possible de participer à un séminaire de recherche d'Ovnis ou de pratiquer la « randonnue » – randonnée pédestre dans laquelle les participants ne portent que leurs chaussures de marche. Bien que rencontrant des réticences locales, ce dernier genre de loisir s'étend progressivement, tout comme l'avait fait le camp de nudisme dans les décennies précédentes.

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L'INDUSTRIE DU VOYAGE EN FRANCE

La France joue un rôle de premier plan dans l'industrie du voyage. Première destination mondiale avec 82 millions de visiteurs étrangers annuels, troisième en termes de recettes (derrière les États-Unis et l'Espagne), elle génère 700 000 emplois. Par contre, elle ne se situe qu'en neuvième position pour la somme moyenne dépensée par touriste. La raison essentielle de cette relative contre-performance s'explique par la position géographique du pays, lieu de passage quasi obligatoire du Nord (Finlande, Suède, Pays-Bas, etc.) vers le Sud (Italie, Espagne, Portugal) de l'Europe et le Maghreb, mais non nécessairement destination finale.

Les pouvoirs publics se sont fixés comme objectif qu'à la formule « 1-3-9 » (caractérisant le trio nombre de visiteurs, recette totale, ratio dépense par tête) succède la perspective « 1-2-3 ». Pour justifier cette ambition, le gouvernement fait valoir que la France dispose d'une variété de sites inégalée allant de la plage à la montagne, en passant par les régions qui offrent un patrimoine culturel, touristique, historique, architectural ou culinaire exceptionnel et des infrastructures en perpétuelle amélioration. À eux seuls, des sites comme les châteaux de la Loire, le Mont Saint Michel, les grottes de Lascaux, les paysages d'Auvergne, l'architecture alsacienne ou les monuments parisiens (parmi les plus appréciés des touristes étrangers) justifient que la France soit le but du voyage touristique.

LES RÉPERCUSSIONS DU VOYAGE

Le voyage implique également des répercussions sur nombre d'activités. Sont concernés au premier chef, les voyagistes, les offices de tourisme, les agences de voyage et les accompagnateurs de circuit. Le chiffre d'affaires des secteurs de l'industrie de l'hôtellerie, de la restauration, du camping, des autocaristes et des organisateurs d'excursions en dépend prioritairement. De surcroît, il est la raison d'être des transports, qu'il s'agisse du voyage aérien (régulier ou charter), automobile (individuelle ou de groupe) et ferroviaire.

Hormis les visiteurs étrangers, les résidents français constituent eux-mêmes un réservoir appréciable pour le secteur économique touristique. Globalement, cette clientèle dépense les deux tiers (consommation des Français restant en France et en route pour l'étranger) des 106 milliards d'euros annuels des comptes du tourisme. Si les étrangers privilégient l'Île de France comme première destination, c'est la région PACA qui attire prioritairement les nationaux. Tous ces mouvements consécutifs au voyage posent la question de la pollution de cette industrie. Selon les experts de l'ONU, le tourisme occasionne 5% de l'émission mondiale de gaz à effet de serre. À l'intérieur de ce 5%, les trois quarts sont dus au transport (dont 40% par l'avion et 32% par le transport routier). Comme conséquence de l'activité humaine dans ce domaine, les neiges du Kilimandjaro risquent de fondre complètement sous 10 ans, Venise d'être submergé, certaines îles des Maldives disparaître. La mer Méditerranée, bassin semi-fermé représentant 0,7% de la surface maritime terrestre, concentre le tiers du trafic mondial (pas que d'ordre touristique, toutefois) avec des conséquences inéluctables quant à la pollution par hydrocarbures, produits chimiques, déchets, eaux usées domestiques le long des côtes et rejets divers. Face à cette situation, l'OMT (Organisation Mondiale de Tourisme) a tiré la sonnette d'alarme en avertissant que les habitudes touristiques, en perpétuel accroissement, doivent changer afin de rendre plus propre l'industrie touristique. Cette mise en garde salutaire n'a cependant pas reçu un écho favorable dans les pays émergeants dans ce secteur. Le ministre indien du tourisme – Madame Soni – a déclaré : « 60 ans après son indépendance, ce n'est que maintenant que l'Inde commence à développer pleinement son potentiel touristique. Il serait injuste de nous faire payer le prix de la pollution ». Cette position est partagée par la Chine – dont les frontières s'ouvrent au tourisme depuis une quinzaine d'années – considérée comme le futur leader du développement touristique mondial si l'on se réfère à son taux de progression. En attendant que le débat idéologique soit tranché, 900 millions de touristes ont parcouru le monde en 2007, un chiffre qui devrait doubler, selon les estimations, à l'horizon 2025.

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